Il y a nous et nos pays qui râlent ce jour, il y a les autres avec leurs devenir !!
et il y a moi avec mon cocorico de fortune et d'infortune, que dois je en penser ??
Voici une lettre que j'ai reçu cette semaine !!
je vous laisse découvrir, moi je ne sais plus !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
ROBINET
Ali : l'ordinaire et le tragique.
Un homme jeune et distingué pousse une chaise roulante, celle d'Ali, son fils 5 ans, souriant vif avec le charme de ces enfants dorés des gamins du Moyen orient, un de ses pieds est amputé l'autre
réduit à un lambeau de chair qu'il tente, je le verrai par la suite, de rendre approprié à ses déplacements.
Ils viennent de Bagdad. Il y a quelques temps, Ali avec sa mère et son oncle a croisé la menace quotidienne du chaos...l'explosion qui pulvérise dans un brouillard de poussière de feu, tout ce qui
est à proximité, transformant en projectiles, passants, bitume, buildings, bref tout ce qui fait le paysage et la vie ordinaire de la rue des villes.
Les cadavres s'alignent, les blessés se fracassent un peu plus. Quand prend fin ce funeste feu d'artifice...commence le ballet des ambulances.
Ali, est fracturé de partout, couvert de sang, sidéré et comme inerte.Il est si pale, il est considéré comme un enfant mort. L'étourdissant fracas, le bruyant bourdonnement des flammes n'autorisent
à personne d'entendre le souffle si mince d'Ali ne pouvant crier pour appeler sa mère... Les cadavres déposés à la hâte dans des picks- up s'amoncellent, Ali s'y retrouve avec d'autres corps
Terrifiante ((et heureuse ?) coïncidence, Ali est jeté sur le corps de sa mère...
Tout cela sera peut-être restitué en 2 secondes à la TV...
T'histoire, pourrait s'arrêter là, c'est ainsi en Irak, après tout on le sait, et n'est ce pas rentré dans notre quotidien médiatique ? Certains jours le chaos et l'horreur attendent à la porte, le
lendemain, ils vous transpercent le corps...
Une note singulière vient défier cette réalité acceptée par nous qui ne sommes concernés que de très loin. Ali notre petit ■ Dormeur du Val ■ irakien va reprendre connaissance et pourra raconter le
peu, mais l'essentielle sensation vécue dans le pick- up...il était là appelant sa mère qui ne répondait pas...
"Je croyais qu'elle dormait...j'appelais...j'appelais j'ai toujours l'image là (montrant sa tête) après je sais plus"
C'est alors que sa conscience l'a abandonné pour quelques jours.
Seul, survivant dans le pick- up parmi les cadavres, Ali fixe cet instant, ce point de réel en une image qui ne sera qu'à lui. Traumatisme et fantasme se conjoignent là.
Maintenant la sortie du traumatisme est de l'ordre de l'acte qui fait relance... Ali et son père attentif sont là, décidés à subir ce qui reste à subir au niveau des soins, de ce qui redonnera le
maximum d'autonomie pour affronter la suite.
Cet évènement tragique comme beaucoup sera peut-être le début très unique d'une histoire dont il se débrouillera ? ,
Ses rires, son espièglerie, sa façon de tout transformer en jeux et en humour, l'absence de plaintes, ses investissements de toutes sortes me feraient volontiers penser qu'Ali peut échapper à la
fascination qu'induit l'horreur vécue.
Certes les ombres de la nuit et les lueurs des flammes, résurgence de ce qu'il a vu, sont encore capables de le faire frissonner, mais après tout ?
Maryvonne Bargues (psychiatre Amman 24/04/08)
Commentaires Récents