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Vendredi 14 novembre 2008

Le « trou noir » au cœur de l'Afrique


Il n'y a pas que l'élection américaine et la crise financière: il y a l'Afrique, éternelle oubliée. Au coeur de l'Afrique, un pays symbolise en 2008 les maux du continent noir. Ce pays, c'est la République démocratique du Congo (RDC).  
 
En superficie, le Congo-Kinshasa est le second plus gros État du continent: il fait presque deux fois le Québec. Ce géant effondré, démoli par trente ans de dictature (le tristement célèbre Mobutu Sese Seko y a sévi de 1967 à 1997) suivis par dix ans de guerre et de chaos, est entouré d'une dizaine de pays, tous plus petits que lui. 
 
Le gros dévoré par les petits 
 
Ce qui est incroyable ici, c'est que contrairement à ce qui se passe d'habitude, ce n'est pas le gros qui domine les petits par le biais d'un impérialisme régional. C'est – tout au contraire – le « gros » qui se fait dévorer par les « souris » des environs, qui sont nombreuses. Le Congo-Kinshasa? Un gigantesque éléphant putréfié... 
 
Cette guerre qui, depuis plus d'une décennie, n'a jamais cessé (alors que dans le reste du pays la situation paraît relativement calme depuis la fin du conflit pancongolais de 1998-2002) est entretenue par un contexte régional particulièrement tendu.  
 
La « puissance » voisine, dont il faut bien comprendre le jeu ici, est un minuscule pays: c'est le Rwanda, tenu par le régime à poigne du général tutsi Paul Kagamé. Un régime militarisé, autoritaire, aujourd'hui anglicisé, appuyé par les États-Unis. Il est issu du FPR (Front patriotique rwandais), qui avait littéralement ramassé le pouvoir après le génocide de 1994 et la déroute du pouvoir de la majorité hutue. 
 
À plusieurs reprises dans les années qui ont suivi cette tragédie, Kigali est intervenu au-delà de ses frontières. Officiellement c'était pour faire la guerre aux génocidaires hutus réfugiés en RDC après l'été 1994 (un groupe nommé FDLR, le Front de libération du Rwanda, est toujours actif dans la région). Mais également – c'est un secret de Polichinelle –, pour piller les ressources naturelles immenses de la région du lac Kivu et augmenter par la même occasion « l'espace vital » de ce pays minuscule et enclavé. 
 
Cette région est en effet riche en minerais, notamment en or, en étain et en coltan (un élément devenu primordial dans l'assemblage des téléphones cellulaires). Une bénédiction transformée en malédiction. 
 
Aujourd'hui, il est clair que Kigali donne son appui moral, mais aussi logistique, au Congrès national pour la défense du peuple, le CNDP de Laurent Nkunda, ce rebelle tutsi qui a mis en fuite l'armée nationale du Congo-Kinshasa et se trouve depuis la mi-octobre aux portes de Goma, la capitale régionale. Un récent rapport de Human Rights Watch corrobore ces fortes présomptions. 
 
Hutus contre Tutsis, encore 
 
Ce qui nous donne un conflit régional, où les Hutus et les Tutsis, par-delà les frontières, rejouent leur guerre séculaire, où les voisins (le Rwanda au premier chef, mais aussi le Burundi et l'Ouganda, pour ne nommer que les voisins du front est) tentent de profiter de la faiblesse de ce géant écrasé. 
 
Un conflit, également, où les malheureuses Nations unies, une fois de plus, ont le mauvais rôle. La mission de l'ONU en RDC, en poste depuis 2000, est en bonne partie composée de soldats du sous-continent indien. La MONUC a 17 000 soldats – c'est la plus grande force de l'ONU au monde –, dont 3000 ou 4000 au Kivu. Mais ils se barricadent dans leurs camps et interviennent le moins possible. 
 
Le groupe Médecins sans frontières, un des derniers organismes humanitaires restés sur place, s'est ému, début novembre, de cette lâcheté et de l'abandon du Congo-Kinshasa par la plupart des acteurs étrangers. 
 
Devant l'inaction et l'impuissance de la MONUC et des autres, l'Union européenne a parlé, début novembre, d'intervenir militairement. Deux semaines plus tard, on attendait toujours!  
 
On constate aussi des velléités d'intervention du côté de l'Afrique australe (la Zambie et l'Angola, situés aux frontières sud et ouest du Congo-Kinshasa). Des pays plutôt alliés, eux – contrairement au Rwanda – au président Joseph Kabila à Kinshasa. La Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) parle de former un contingent – avec l'Angola en tête – qui interviendrait comme « force de paix », et, semble-t-il, indépendamment de la MONUC.  
 
Le problème, c'est que si jamais des soldats de l'Angola se pointent dans la région du Kivu, le rebelle Laurent Nkunda et ses commanditaires du Rwanda pourraient fort bien le prendre comme une provocation et un casus belli! Encore un facteur de guerre dans une région ravagée par la guerre... sous prétexte de faire la paix! 
 
Que faire, alors? La communauté internationale va-t-elle laisser pourrir et s'internationaliser ce conflit, après avoir englouti des milliards de dollars en RDC? Pour mémoire, la MONUC a un budget annuel de 1 milliard de dollars: ce qui est aussi le montant qu'avaient coûté – à l'été 2006 – les élections présidentielles et législatives, à l'époque présentées comme un succès.

Bien sur ! c'est pas d'une poulette !!
rebise !  ELSA

Par Fred
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